« Offrir des instruments
de compréhension, donc de liberté que produit la recherche internationale sous
toutes ses formes, littéraire, scientifique, rassembler, sans autre
considération que la qualité des œuvres, leur nouveauté, leur rigueur, leur
originalité, des travaux, français et étrangers, sur les problèmes les plus
difficiles et les plus brûlants de la pensée et de l’action, tel est le but de
cette collection qui voudrait réunir les exigences d’un rigoureux classicisme
et les audaces de l’avant-garde. »
Pierre Bourdieu
Né
des suites du mouvement social de
1995, le collectif « Raisons d’agir »
trouve sa raison d’être dans l’impérieuse
nécessité de renforcer les liens entre sphère
universitaire et mouvements
protestataires. L’ambition initiale sous-tendant
l’élaboration du collectif
consiste à battre en brèche l’idée selon
laquelle l’usage de la Raison ne
serait plus que l’apanage des cercles de pensée
libéraux, et de leurs hérauts médiatiques.
A cette fin, le groupe, composé de quelques dizaines de
chercheurs
(sociologues, historiens, économistes, philosophes et chercheurs
en sciences de
l’éducation) souhaite « participer au renouveau de la critique économique,
politique et sociale en s‘appuyant sur les travaux, les méthodes et les résultats
des sciences sociales ».
En
1996, les éditions Liber sont venues, sous l’impulsion du sociologue P.
Bourdieu, donner une forme concrète aux aspirations de ces esprits critiques,
aussi bien à l‘égard des libéraux que de la gauche de gouvernement. Le projet,
associatif et autogestionnaire, entend ainsi promouvoir un savoir hétérodoxe et
subversif, émancipé de la tutelle exercée par les forces économiques dominantes
sur les instruments de diffusion des productions - qu’elles soient culturelles ou
scientifiques.
L’association
fonctionne selon les deux principes essentiels que sont l‘indépendance, d’une
part, et l‘engagement, de l‘autre: « Raisons d’Agir » veille ainsi à
préserver son autonomie absolue vis-à-vis de toute tentative d’instrumentalisation,
tout en demeurant constamment ouvert au dialogue avec l’ensemble des acteurs de
la « gauche de gauche ».
Ses membres se définissent avant
tout par ce qu’ils ne sont pas : l’intellectuel n’est pas un intellectuel « organique »,
dépendant des organisations politiques et syndicales par lesquelles il est
investit, mais il n’est pas non plus un conseiller du prince ; tout comme il s’écarte,
en dernier ressort, de la figure de l’intellectuel médiatique. Bourdieu
concevait l’intellectuel engagé au sens d’engagé dans la vie de la cité. La
collectivité offre au savant la possibilité exercer sa science (financements
publiques). Celui-ci est donc dans un second temps responsable devant la collectivité,
redevable, et doit veiller à une rétribution des savoirs produits, d’autant
plus quand ces savoirs constituent des ressources contre la domination. Voilà
un des objectifs de « Raisons d’agir » : sortir le savoir du
champ universitaire, et lui conférer par là un sens politique. Enfin, la notion
de « collectif » d’intellectuels se veut une réponse probante à la
personnalisation des interventions émanant du champ intellectuel.
« Raisons d’Agir » est une
association de la loi 1901. Les travaux de ses animateurs sont élaborés au sein
de commissions, diffusés par l’intermédiaire de tribunes publiées dans la
presse et de petits ouvrages relativement abordables. L’essentiel du collectif
se situe à Paris, mais quelques groupes se développent en province. Le conseil
d’administration comprend une dizaine de membres, le bureau se réunit tous les deux mois, et
les principaux animateurs sont en contact quotidiennement, de façon à être le
plus réactif possible aux événements.