Non oui, mais non à qui ?


 

 

Étonnant de voir comment la France entière se " soulève " contre Le Pen…

Cet homme n’est digne d’aucune joute politique. La démocratie c’est la libre expression et le débat d’idées. D’idées. Si l'on estime que le racisme est digne de porter un qualificatif aussi précieux que la notion d’idée, oui, il faut laisser parler le raciste. Et non, il ne faut pas le lyncher comme on se permet de le faire actuellement. Vous avez décidé de le laisser parler, vous devez l'écouter.

Voter, nul, rouge, blanc, bleu, que ce soit avec un gant, avec la main gauche ou autre chose, c’est dire oui à cette démocratie-là. Dans tous les cas, voter c’est au moins dire " oui, ma voix sera entendue ". Voter c’est offrir sa légitimité de citoyen aux élus. Oui le vote du citoyen est précieux ! Peut-être trop précieux pour le vendre à une démocratie d’apparat.

Chirac sera le président des électeurs, mais il n’aura pas la légitimité des abstentionnistes. " Le vote, c’est plus qu’un droit : c’est un devoir " répète-t-on dans les rangs des manifestations encadrées par des CRS bienveillants. Depuis notre enfance on nous formate, on nous " instruit " : on fait de nous de bons citoyens, qui toute leur vie légitimeront un système dont ils sont les premières victimes.

Il est toujours intéressant d’interroger ses propres convictions : dans quelle mesure sont-elles miennes ? À qui profitent-elles ? Souvent, elles profitent aux décideurs. Pendant que le peuple se plaît à retrouver une prétendue conscience politique citoyenne dans une mobilisation qui peut paraître légitime, les grands actionnaires continuent, sans être inquiétés, de décider quelles images passeront sur nos écrans, quel système de retraite sera mis en place, quel budget sera alloué à la culture, etc., et ce, sans nous demander notre avis, sans même d'ailleurs qu'on le réclame. Or, s'il est un combat pour la démocratie c'est celui-là ; et sans doute pas la défense de la démocratie de l'establishment. Mais les gens pensent avant tout ce qu’on leur suggère de penser. (Même ceux qui ont la prétention de revendiquer comme étant personnels les premiers lieux communs qu’ils ont décidé leurs).

Et qui détient le pouvoir de suggestion ?

Ceux qui ont LE pouvoir. Où est passée la séparation des trois pouvoirs chère à Montesquieu ? Les hémicycles et l’Elysée sont de plus en plus des coquilles vides : les pouvoirs n’y sont plus! Ils ont changé de forme. Quant à leur séparation, elle se situe entre Wall Street, Tokyo, Francfort ou la City. En 1998, Le Monde Diplomatique titrait "Firmes Multinationales : les nouveaux maîtres du monde." La gauche bien pensante est-elle descendue dans la rue pour condamner la dictature du marché? C'est à croire que les hordes de drapeautiques ne réagissent qu'au nom d'un misérable. C'est la politique de l'irrationnel que celle des masses criant "vive la Démocratie Française". S'ils avaient conscience de ce que leur fait cette démocratie-là, ils n'iraient sans doute pas voter tels des moutons, pour dire "oui on accepte et cautionne" le système politique français. Le drame des électeurs c’est qu’ils persistent et signent, fiers d’avoir accompli leur BA citoyenne…

Si la volonté de baillonner le négationnisme (et bien sûr ses descendants, beaucoup plus fins ceux-là) paraît scandaleuse à certains, le consensus intellectuel, après coup, le paraît à d’autres.

Notre système possède ses règles. Elles autorisent le discours raciste, elles le protègent. France2, France3 (chaînes publiques) et bien sûr TF1, ont invité Le Pen sur leurs plateaux… Or, la France entière se permet aujourd’hui d’enfreindre SES règles (entre les deux tours d’un jeu de rôle qui dérape) : nos médias, nos profs, et autres instances de légitimation se permettent aujourd’hui de s’attaquer ouvertement au FN, après l'avoir laissé se développer. Il est pratiquement devenu obligatoire de voter Chirac sous peine d'être soi même qualifié de fasciste. Mais les obligations sont toujours inquiétantes et cachent une manipulation. Tout le monde perd son objectivité quand la situation est déclarée " grave ". Sous prétexte qu’elle paraisse grave, la situation permet toutes les entorses aux règles fixées. Car oui les foudres dont est victime Le Pen (aussi justifiées soient-elles) sont clairement antidémocratiques ; ou plutôt, elles ne respectent pas les règles de cette démocratie-là, celle que les électeurs défendent et qui laisse fleurir National Hebdo dans les rayons de presse, pas bien loin de leur Journal Officiel.

C'est sans doute dès les débuts du FN qu'il fallait réagir...

(J’ose espérer que c’est le manque d’information, de conscience politique qui engendre ce type de comportement moutonnier, d’où la démarche de ce lieu virtuel dissident.)

 

 

Vos règles ne me plaisent pas donc je ne joue pas. Au risque de passer pour un paria refusant de dire "oui" comme tout le monde, je préfère voter l'abstention. Le scandale ne se trouve pas sur la tête du FN mais sur la tête de tous ceux qui lui donnent leur légitimité, en acceptant à chaque élection la présence de ce parti sur la scène politique française. Mais il est beaucoup plus facile de s’attaquer à un homme à l’aide de banderoles "à mort les fachos", de jouer sur l'irrationnel, que de se remettre en cause, surtout après 18 ans de formatage " citoyen " intensif, à coup d’Education Civique, d’ECJS, et autres systèmes de moralisation citoyenne…

Soyons clairs : je n’entends pas défendre le FN : il n’est pas plus défendable que tolérable.

Chirac n'avait pas besoin des voix de "l'extrême gauche" (on a la fâcheuse habitude de qualifier d'extrême toute façon de penser qui n'est pas conformiste...), celles de la gauche caviar et de la droite assumée suffisaient.

Voter Chirac, soit disant pour faire barrage à un gros borgne baveux, qui ne serait pas allé bien loin car trop grossier, revient à laisser passer Sarkozy et le reste d'un gouvernement qui mène une politique plus lepéniste que Le Pen, dans un Etat policier de vigiles pirates, anti-culturel. Et ils sont forts de leur 82% de légitimité! Si c'est ça la légitimité démocratique, si c'est cette démocratie-là que vos Lumières du XXVIIIème siècle ont défendu, non je n'irai pas battre le pavé avec vous.

Quelle est cette démocratie qui met au pouvoir un premier ministre (Raffarin) sorti de nulle part, si ce n'est des écoles de marketing? C'est cette démocratie patronale que 82% de la population ont cautionnée... Notons que depuis ce coup de maître, ceux qu’il convient d’appeler les possédants ne se cachent plus. Un vrai tournant semble s’observer, même si le virage à droite était pris depuis bien longtemps.

 

En France voter c'est dire oui.

Le patronat a dû se réjouir devant les images de cette jeunesse, défendant massivement l'étatisme... Encore de beaux jours devant eux! Le changement n’est pas pour maintenant! Ils ont su anesthésier les consciences et la perversité du système capitaliste est de toujours intégrer ses dissidents. Besancenot n'attend malheureusement qu'une chose, rentrer dans les hémicycles, être invité sur les plateaux de TF1, et répondre aux interviews d'Ardisson... Si c'est ça la contestation, les gros actionnaires ne prennent aucun risque à la laisser "s'exprimer" dans leurs media. Ils savent très bien qu'ils en courraient de bien plus grands s'ils cherchaient à la faire taire. Et puis, Arlette ou un jeune postier à la TV, ça fait encore de l'audimat, et toujours plus de pub pour Danone, Nike et autres firmes... Tout est récupération, du rap sur Skyrock au Cd de Manu Chao à la Fnac. Rien n'est dangereux pour un système que cette vieille France conservatrice s'attache à préserver.

Le débat politique actuel n’est qu’une carotte (à peine dissimulée) que l’on tend au peuple pour le faire " avancer ". Et il en redemande! On fait croire à l’électeur qu’il choisit la taille du bâton avec lequel il se fait battre, mais il ne choisit à la rigueur que la couleur: vert, bleu, rouge, rose, etc. Or, celle-ci n’a aucun impact sur la force des coups, sur la politique antisociale et antihumaine à l'échelle mondiale qu'administrent les vrais détenteurs du pouvoir.

C'est à croire que le peuple ne ressent plus la douleur, drogué par loft story, la musique facile et autres stupéfiants produits par un système toujours plus pernicieux car aimé. Mais la douleur est chez l’Homme condition de survie. Ce peuple ne serait-il plus Homme ? Disons que les maîtres ont appris à taper. Mais le jour où ils taperont de nouveau là où ça fait mal (l'estomac? la révolution ne se ferait que le ventre vide?!), on peut espérer un réveil de ce peuple, que la sociologie a permis d’étudier, diagnostiques hélas récupérés par les publicitaires que sont nos hommes politiques, pour mieux asservir un électorat toujours plus crédule.

 

A quand le vrai réveil ?

  

 

> Rehan

 septembre 2003

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