La plus petite île, le moindre grain, tout est de beauté dans ce musée à ciel ouvert. Le réel, c’est une pluie d’art diluvienne qui transperce le ciel de sa puissance esthétique.
Les tableaux pleuvent ; de belles gouttes carrées devant ses yeux. Il tombe des nus, des marines, des autoportraits et des natures, bien vivantes celles-là.
Vaste fresque verticale et aérienne, chute poétique.
Et il pleut des cordes, belles aussi, allongées. Il en vit une, usée jusqu’à la moelle, qui pleuvait avec difficulté et dont les fils hochaient. C’était une de ces cordes de marins, avec lesquelles on fait des centaines de nœuds à l’heure, bien serrés. Une corde d’âge, mais encore attachante – du chanvre, probablement. Il avait les yeux rivés sur la corde raide. Puis son regard se détacha : les rivets ne tiennent jamais bien longtemps…
Il vit aussi une mouche choir, en soie. C’est assez rare une chute de mouche, en soi.
Le monde pleuvait et il en profitait pour se rincer l’œil. D’ordinaire, il fait si sec dans sa vie, qu’il reçut cette mousson de sublime à la façon des enfants des pays chauds, qui dansent pour fêter la pluie. Certains ne connaîtront jamais la neige.
Lui se roulait dans les flocons de beauté, écoutant et goûtant. Il aurait voulu partager. Mais il était seul à voir, comme souvent dans ces moments-ci, intenses.
Qu’importe, il " expériençait " le réel.