Quand Marx
et Engels défendent le droit des peuples à… en dominer d'autres.
L’article qui sui est paru dans la « Neue Rheinische
Zeitung » (« Nouvelle Gazette Rhénane »), de janvier et février
1849. Il traite de la question des Slaves en général.
Toutes ces petites nations impuissantes et chétives doivent en somme de la reconnaissance à ceux qui, selon les nécessités historiques, les rattachent à quelque grand empire, leur permettant ainsi de participer à un développement historique auquel, abandonnées à elles-mêmes, elles seraient restées tout à fait étrangères. C'est l'évidence même qu'un tel résultat ne saurait être réalisé sans écraser quelques pousses tendres. Sans violence, rien ne peut être mené à bonne fin dans l'histoire. Que serait devenue celle-ci, si Alexandre, César et Napoléon, avaient été dotés de la même émotivité à laquelle le panslavisme fait maintenant appel en faveur de ses clients ?
Attention, le but en soumettant ce
texte n’est évidemment pas de discréditer les travaux de Marx et Engels. Il est
clair que cet article ne peut être invoqué pour contester les thèses
développées par Marx dans Le Capital par
exemple. L’objectif est simplement de mettre à disposition un texte assez rare,
qui suffit à anéantir toute forme de mystification des auteurs. Pour autant,
cesser de lire Marx parce qu’il a pu défendre l’impérialisme, cesser de lire
Proudhon parce qu’il a pu se montrer antisémite et sexiste, cesser de lire Voyages
au bout de la nuit parce que Céline…, reviendrait à
adopter la même posture essentialiste, qui postule qu’un auteur ou une œuvre
constituent un tout, une unité. C’est exactement cette posture que nous
cherchons à combattre en proposant ce texte.
En fait, nous ne faisons que relayer
la démarche du groupe libertaire Noir et Rouge, qui
diffusait ce texte en 1957, sous le titre « Une page mal connue de Marx et
Engels apôtres de l’impérialisme.[1] »
C’est ainsi que nous l’avons découvert. L’enjeu était déjà pour ces jeunes
anarchistes dissidents[2] de
lutter contre une certaine forme de religiosité dans le rapport aux auteurs.
Il ne s’agit pas ici de discuter les
horreurs historiques et éthiques que commettent les deux pères fondateurs – ce
jeu n’aurait aucun intérêt. Nous nous contenterons de reproduire quelques
passages du court commentaire écrit à l’époque par les membres du groupe Noir
et Rouge.
Un tel texte quelques mois après le « Manifeste
Communiste » est peu fait pour nous donner de l'estime pour les prétendus
fondateurs du socialisme. Il est en effet difficile d'imaginer un plus extravagant
tissu d'erreurs historique, de jugements faux et d'incompréhensions humaines,
assaisonné de suffisance, de morgue et de hargne, de haine contre des peuples
entiers, sorti d'un esprit plus dominateur et plus chauvin.
Bornons-nous à relever seulement à titre d'exemple que le peuple
tchèque mis en salade avec ses voisins, et qui n'aurait « jamais eu
d'histoire », est un de ceux de l'Europe dont le passé est le plus riche
en culture : Prague est une capitale de l'esprit ; son université est une des
premières, et, plus ancienne qu'aucune en Allemagne.
[1]
Revue Noir et Rouge, N°7-8, 1957. Reproduit
dans «
NOIR ET ROUGE » - Cahiers d’études anarchistes (1956-1970), Anthologie, Acratie, 1982.
[2]
Le groupe Noir et Rouge
est atypique dans l’anarchisme français
des années 1950 et 1960, justement parce qu’il accepte
d’ouvrir le dialogue avec
Marx et les marxistes. Il sera aussi sensible aux nouvelles formes du
courant
libertaire, telles que le situationnisme. Cette ouverture et la
volonté de
briser tous les tabous (sur les liens entre l’anarchisme et la
Franc-maçonnerie, sur la question coloniale, etc.) vaudra
à ce groupe une
certaine exclusion par les puristes, notamment ceux de la
Fédération
Anarchiste. Les gens de Noir et Rouge, dont Daniel Cohn-Bendit, ont
été, au travers du Mouvement du 22 mars, à la
pointe de Mai 68.