La Rumeur - Pas de justice, pas de
paix
L'entre-volet
[2000]
rap
Voici les cadavres que la police ne veut pas voir,
dissimulés au
soir sous la pénombre d'un dépotoir. Un
sacré beau
paquet de dépouilles empilées, ça fait
des
monceaux de têtes renversées, les yeux et la
bouche en
cendres. Ça coule, de grandes flaques rouges
hérissées de mains crispées qui
cherchent encore
à comprendre. Mais pas de lueurs pour les cafards a
répondu l'ordre, et le sang sèche et vire au noir
à l'abri des mémoires, dans le silence qu'il faut
croire
complice des gyrophares, des porcs armés aux trousses qui
d'une
balle plongent la course dans le caniveau du non-lieu, où un
juge nettoie les lieux, et sans bruit, sans cri se referme alors un de
ces casiers métalliques de l'oubli, du déni.
L'infamie en
robe de magistrat, la sainte loi, le droit bourgeois sur le front des
victimes d'Etat distribue les crachats.
Une rumeur provient du bas, échappe au brouhaha. On entend
alors clamer : "pas de justice, pas de paix"
Ni les barricades éteintes sur des chemins recouverts de
milles
éclats de verre où fument les carcasses
éventrées de voitures calcinées ; ni
la
colère privée d'ailes, ni le désespoir
tout au
bout des pierres et des cocktails balancés à
genoux ; ni
les barres de fer tordues sur les boucliers de l'ordre
gonflés
de noirs et d'opprobre ; ni les horizons barrés par les
corbeaux
et les hyènes ; ni tous ces rêves
aspergés de gaz
lacrymogène ; ni les gerbes fanées aux pieds des
portraits assassinés ; ni les phrases amères que
mâchent de trop vieux patriarches usés par la
chaîne, par le mépris et le temps ; ni les larmes
acides
des mères ; ni la sueur ni le sang de la classe
ouvrière
: rien ne se perd. Rien ne se perd, tout se transforme. Et le brasier
crépite, et le brasier crépite, et votre putain
de temple
n'attend plus qu'on le dynamite.
Une rumeur provient du bas, échappe au brouhaha. On entend
alors clamer : "pas de justice, pas de paix".
Hamé
La Rumeur
