Joscho Stephan - Django forever

 

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Ce guitariste, que j’ai vu à deux reprises en concert, m’a fait vivre une expérience d’indicible. Pour moi la musique se découvre in vivo, en concert ; et les disques ne sont jamais qu’une médiocre compensation. A deux reprises j’ai été ému, ébloui, déstabilisé, et suis ressorti groggy. Josho, jeune prodige de moins de trente ans, a su s’imprégner d’influences diverses, et c’est sans doute à cela qu’il doit son originalité.

Techniquement d’abord, on se frotte les oreilles pour vérifier si on a bien entendu, tant il est éblouissant de virtuosité. Outre les passages tout simplement incompréhensibles sur le plan " guitaristique ", ce qui m’a le plus choqué ce n’est pas tant la vitesse, que la perfection de ce jeu pur et limpide, du début à la fin du concert. La maîtrise est complète. Chaque note est travaillée, façonnée, appropriée avec la même énergie. Joscho fait d’emblée partie de ces artistes qui ne " travaillent " pas leur instrument : ils n’ont pas à maîtriser ce qui n’est jamais que le prolongement de leur être, mais juste à l’exploiter.

Mais la technique, à la rigueur, on connaissait. A part l’émotion de surprise et d’enchantement que seuls ressentent les gens intéressé par ces soucis de guitariste, elle ne provoque jamais grand-chose d’autre. Lui va au-delà. Il nous fait passé par toute une série d’émotions différentes, et nous fait perdre le contrôle. Du lyrisme délicat, à la course folle, en passant par le rire et l’ivresse, il nous emmène où il veut.

Pas spécialement beau garçon, dès qu’il tient sa guitare, avant même qu’il ne commence à la faire sonner, une puissante aura esthétique l’entoure. On sent qu’à cet instant, il a tous pouvoirs, qu’il peut repousser toutes les limites matérielles qui sont pour nous autres mortels autant de drames scandaleux. Avec lui tout est facile, au gré de citations toutes plus inouïes les unes que les autres, on passe du blues à la valse, de la variété au jazz, du funk au manouche, etc.

Il joue avec un naturel loin d’être insolent : il paraît heureux de faire partager ses trouvailles. Son calme peut sembler surprenant au public qui vit une transe exquise, mais éprouvante. Pourtant il n’est pas froid. Pour lui c’est juste normal et naturel de jouer ainsi.

Enfin, quand il pose sa guitare lors du répit qu’il nous accorde pendant l’entracte, loin de se prendre pour un artiste mystique qui aurait besoin d’isolement, il vient voir son public. Bien sûr, il a une pile de Cd dans les bras… Mais çà ne l’empêche pas de rester simple et humain, de rigoler et de discuter, en allemand, en anglais, et en presque français. Moi qui trouve toujours à l’ouvrir, j’étais pourtant sans voix. Enfin, presque. Je voulais savoir qui c’était. Il m’a dit que son grand-père était Tzigane, que pour sa part, il était venu sur le tard au jazz manouche, après avoir joué du blues et du rock, comme on peut l’entendre, et aussi qu’il n’avait plus de monnaie. Alors je lui en ai fait.

Ce n’était pas un VRP de la musique, mais un artiste qui a su garder une simplicité naturelle, pour partager avec son public de riches émotions musicales.

Un concert de ce type est une expérience extraordinaire, mais tout simplement humaine.

  

 

 

Quelques extraits  commentés :    

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> Rehan

décembre 2005 

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