Mai 1968, une récréation ?
« Il n'y a pas eu de mort en Mai 68. »
Qui peut encore dire des choses pareilles ? Rassurez-vous, c’est quelqu’un de bien, Michel Wieviorka, célèbre sociologue français directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, rien que ça…), dans « Action directe, un terrorisme à la française », documentaire diffusé sur La Cinquième, le 24/03/07. Les familles des victimes devraient porter plainte, pour négationnisme.

Durant la deuxième « nuit des barricades », à Paris, les
forces de l'ordre pénètrent les rues en bulldozers et à coups de grenades
offensives. A 3h du matin le ministre de l'Intérieur Christian Fouchet déclare
à la presse « Je demande à
Paris de vomir cette pègre qui la déshonore. » On relève au matin, sur une barricade de la
rue des Ecoles, le corps de Philippe Mathérion, 26 ans.
Rassurons-nous, on pouvait lire le 26 mai dans L'Humanité, célèbre quotidien communiste français, oeuvrant pour la libération
des hommes, « Toute la nuit,
dans les divers quartiers de Paris, on retrouvera des voyous douteux, cette
pègre organisée dont la présence salit ceux qui l'acceptent et plus encore ceux
qui la sollicitent. » La
reprise terme à terme du discours dominant par les organisations communistes
est devenue structurelle en Mai 68.
10 et 11 juin : trois morts.
Le soir, les CRS attaquent les ouvriers de l'usine Peugeot-Montbéliard. L'affrontement dure dix-huit heures. Pierre Beylot, jeune gréviste de 24 ans, est tué de deux balles de pistolet-mitrailleur. Un autre gréviste, Henri Blanchet, 49 ans, déséquilibré par une grenade offensive, tombe d'un parapet et meurt le crâne fracturé.
28 juin : Jean-Claude Lemire, Katangais (dissidents ultra radicaux), est assassiné
par un légionnaire déserteur.
...
Le nombre de morts liés aux événements de Mai 68 reste discuté,
mais il avoisine à coup sûr la dizaine. Le nombre de blessés graves (membres
amputés, paralysie…) atteint quant à lui la centaine. Idem pour le nombre de
prisonniers politiques, et le nombre de licenciés pour leur engagement (un
tiers des employés de l'ORTF par exemple). Mai 68 signifie donc des centaines
de vies brisées.
Attention, il ne s’agit pas de dire que Mai 68 fut un bain de sang
(comme le 17 octobre 1961 par exemple) mais de lutter contre la neutralisation de
l’événement.
Mai 68 ne fut pas
qu'une révolte bon enfant.
Mai 68 ne fut pas
qu'un événement parisien.
Mai 68 ne concerna pas
que les étudiants.
Mai 68 ne s'arrête pas
en mai 68.
Voir aussi :