Pas de justice, pas de paix
> Mise au point sur quelques "bavures"
Il
est assez admis que les "bavures" existent. Mais ce qu'on dit
moins, c'est qu'en plus des bavures (c'est-à-dire les
accidents), il y a les véritables assassinats par la
police. Et ce qu'on dit moins encore, c'est combien ces meurtres sont
couverts par la justice. Au pays des Droits de l'Homme et de
Montesquieu, où le judiciaire et l'exécutif sont
censés êtres séparés, presque aucun policier
n'a été condamné à de la prison ferme
après avoir tué. A l'inverse, la moindre insoummission
face aux forces de l'ordre peut suffir à envoyer quelqu'un au trou. Et les noms des
victimes montrent que police et justice savent cibler.
Quelques rappels, pour une mémoire en lutte :
- Malik Oussekine :
23 ans, battu à mort par deux voltigeurs le 6 décembre
1986 à Paris lors d'une manifestation étudiante. Les deux
policiers sont condamnés à des peines de prison avec
sursis pour « coups et blessures ayant entraîné la
mort sans intention de la donner ».
- Aissa Ihich
: Le 25 mai 1991, après une semaine d'émeutes dans la
cité du Val Fourré à Mantes-la-Jolie, des
émeutiers saccagent un centre commercial. Cinq d'entre eux sont
interpellés et placés en garde à vue, dont Aissa
Ihich, 19 ans, qui meurt d'une crise d'asthme au commissariat de
Mantes-la-Jolie. En 2001, les deux policiers mis en cause sont
condamnés à huit mois de prison avec sursis pour «
violences avec arme par personnes dépositaires de
l'autorité publique dans l'exercice de leurs fonctions ».
- Sydney Manoka Nzeza
: En novembre 1998 à Tourcoing, Sydney Manoka Nzeza, un boxeur
amateur de 25 ans, décède lors de son interpellation,
alors que trois policiers tentaient de le menotter en le maintenant au
sol. Ils sont cinq policiers à être jugés en 2000.
Deux d'entre eux sont reconnus coupables d'homicide involontaire et
condamnés à 7 mois de prison avec sursis. Les cinq
policiers sont par contre relaxés du chef d'accusation de
« non-assistance à personne en danger ».
- Habib :
17 ans, tué accidentellement lors de son interpellation d'une
balle tirée à bout portant par un policier le 13
décembre 1998 à Toulouse. Le policier auteur du coup de
feu sera condamné à trois ans de prison avec sursis pour
homicide involontaire. Ce décès provoque plusieurs
journées d'émeutes, durant lesquels un jeune tentera de
tuer un policier, le blessant sérieusement.
Pire, il y a tous les cas
où la justice a purement innocenté sa police. En
voici quelques un :
- Mohamed Diab, tué d'une rafale de mitraillette en novembre 1972.
- Ouardia Aoudache,
mère de onze enfants, morte au commissariat de Jœuf en Lorraine le 14
août 1984. La justice a prononcé un non-lieu dans cette affaire.
- Youssef Khaif,
23 ans, tué d'une balle dans la nuque à Mantes-la-Jolie le 9 juin 1991
alors qu'il tentait de prendre la fuite au volant d'une voiture volée,
un membre de sa bande ayant quelques minutes plus tôt, avec un autre
véhicule, tué la policière Marie-Christine Baillet au même endroit.
- Thibaut Cottoni, 13 ans, tué lors d'un cambriolage dans une cave à Asnières-sur-Seine par la BAC en janvier 1992.
- Abdelkader Bouziane,
16 ans, tué par un policier lors d'un barrage routier le 17 décembre
1997 sur la route de Fontainebleau. Abdelkader Bouziane, au volant
d'une voiture, venait de forcer un premier barrage. La chambre
d'accusation a prononcé un non-lieu dans cette affaire.
-
Ryad Hamlaoui :
23 ans, tué par un policier de Lille dans la nuit du 15 avril 2000
alors qu'il se trouvait à bord d'une voiture volée. Ce décès provoquera
deux jours d'émeutes.
La liste est loin d'être exhaustive. Il y a bien sûr aussi le 17 octobre
1961, où les meurtres furent commis par centaines, toujours impunément.
« Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais
état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans
qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. » Par contre, oser dire cette
vérité suffit pour être sérieusement inquiété :
Hamé, membre du groupe
La Rumeur, est traîné en justice une troisième fois pour avoir écrit cette phrase en 2002 (cf.
Acontresens).
Car la justice sait identifier ses coupables :
- Olivier Théron,
toulousain, condamné en juin 2006 à 7 mois de prison
ferme pour avoir lancé un pot de yaourt sur la voiture de
Nicolas Sarkozy en avril 2005.
- Bachirou Tandjigora (21 ans), Mehdi Bouharel (19 ans)
et Mounir Labidi (23 ans), ont été condamnés en octobre 2007 à six ans de prison ferme pour les
deux premiers et huit ans
pour le troisième, pour
violences commises à l'encontre de deux CRS dans le quartier des
Tarterêts à Corbeil-Essonnes, en septembre 2006.
-
En décembre 2007, le tribunal correctionnel de Brest a
condamné à deux ans de prison ferme un jeune homme de 22
ans reconnu coupable d'avoir lancé, la veille, une pierre sur
une voiture de police dans le cadre d'une manifestation lycéenne.
Enfin, rappelons que,
Zyed Benna (17 ans) et
Bouna Traoré
(15 ans) sont morts dans un transformateur après avoir fuit la
police à Clichy-Sous-Bois (ce qui avait généré
en octobre et novembre 2005 la plus grande révolte des
quartiers) sans que cette mort n'ait donné lieu à aucune
condamnation.
Même chose pour
Moushin et
Larami,
les deux mineurs morts à Villiers-Le-Bel, dans une "collision"
avec la police, ce qui avait provoqué des révoltes contre
la police d'une rare force. L'enquête sur leur mort n'avance
pas. Mais comble de la violence et de l'humiliation, le lundi 18
février 2008, une trentaine de policiers débarquent au
domicile des parents de Larami (l'un des deux morts), pour
arrêter Mamadou, son frère. Il est accusé d'avoir
participé aux émeutes...
Tant que la justice d’Etat ne sera que violence,
la violence du peuple ne sera que justice.
Article réalisé à partir de
"Le monopole de la violence légitime et sa justice idéologique",
Non Fides n°1.
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Voir aussi :
> La Rumeur -
Pas de justice pas de paix>
Douce France
