Le langage engage


 
ANNEXES

 

 

 

Cette étude s’est appuyée sur une analyse de textes, en voici quelques-uns, dans lesquels nous soulignons ce qui a fondé l’argumentation.

 

 

 

 

Annexe 1 :                            Le Monde, le 11 Novembre 2005.

Extrait :

 

"Ce sont des voyous, des racailles, je persiste et je signe", a déclaré Nicolas Sarkozy, jeudi soir sur France 2, lors d'une émission spéciale "A vous de juger" consacrée à la crise des banlieues, retrouvant le ton  très offensif abandonné ces derniers jours. Et le ministre de l'intérieur entend bien en débarrasser le pays au nom des "braves gens qui veulent avoir la paix". M. Sarkozy a utilisé le terme "racaille" trois fois, et celui de "voyou"  bien plus encore, tout en précisant  que ces adjectifs étaient appropriés pour une "infime minorité" de jeunes.

 

 

 

Annexe 2 :      Extrait du 2O minutes du 13 mars 2006, composé de trois encarts, p.7

 

 

CPE. Le Premier ministre aménage mais maintient son projet. De nouvelles manifestations se préparent.

Villepin persiste, les syndicats aussi

 

« La loi sur le CPE s’appliquera. » La perspective d’une semaine à haut risque pour son avenir personnel n’y change rien, Dominique de Villepin a décidé de maintenir le contrat première embauche (CPE).

Mécontenter à coup sûr les responsables étudiants et syndicaux en refusant de retirer le CPE, tout en regagnant la confiance des jeunes et de leurs parents, telle est l’équation qu’à tenté de résoudre hier soir le Premier ministre, invité du journal de 2O heure de TF1. « Je suis à l’écoute, a-t-il dit, de ceux qui manifestent comme de ceux qui souhaitent reprendre les cours »

§          « Malentendus » Le chef du gouvernement a de nouveau vanté les mérites de son CDI pour moins 26

ans assorti d’une période de deux ans pendant laquelle un licenciement sans justification reste possible. S’il est critiqué, juge Dominique de Villepin, c’est à cause de « malentendus ». D’abord, le Premier ministre estime que les étudiants critiquent  un contrat qui ne leur est pas destiné, puisqu’il a été imaginé « après les émeutes de banlieues, pour les 40% de jeunes sans qualification ». Les autres, « les jeunes qui sortent de l’école avec une bonne formation », continueront à signer des CDI. Cet argument, martelé par son entourage depuis le début de la crise, n’est pas toujours entendu. Juridiquement, le CPE n’est pas réservé aux non-diplômés mais aux jeunes « quel que soit leur niveau de qualification ».

§          « Garanties » Espérant reconquérir l’opinion, qui a majoritairement pris en grippe le CPE, le Premier

Ministre a également proposé des « garanties supplémentaires » qu’il soumettra aux partenaires sociaux. La première, c’est la possibilité pour les jeunes d’être « accompagnés par un référent » pendant leur CPE. La deuxième : « un complément de rémunération » s’ajoutant à l’allocation chômage, « pour une période de trois mois », le temps d’offrir aux jeunes « une formation complémentaire ». La troisième, une « évaluation régulière » du CPE, tous les six mois, avec les partenaires sociaux.

 

Un déluge de critiques s’est abattu sur Dominique de Villepin après son intervention. Bruno Julliard (Unef) a exprimé « un sentiment de déception mêlé à de la colère ». Bernard Thibault (CGT) a déclaré de son côté que le retrait du CPE n’était pas « négociable » et jugé que le Premier ministre « n’est pas sincère » quand il parle de précarité. Julien Dray (PS) a, lui, estimé que le Premier ministre « a persévéré dans l’erreur ». Dominique de Villepin sera fixé samedi, jour d’une nouvelle manifestation nationale.

 

Stéphane Colineau

 

 

 

 

Les étudiants restent sur une ligne à haute tension.

 

Les étudiants anti-CPE vont manifester dès demain à l’appel de la coordination nationale étudiante, qui a réuni hier à Poitiers les délégués de chaque université élus en assemblée générale. Le collectif d’organisation de jeunesse stop-CPE a appelé à défiler jeudi et les confédérations syndicales, samedi.

Mais les jeunes mobilisés devront composer avec une importante partie des étudiants, pro ou anti-CPE, qui s’opposent aux blocages des facs et souhaitent que les cours aient lieu. L’UNI, association étudiante proche l’UMP et favorable au CPE, a même affirmé vendredi que des recours devant des tribunaux avaient été déposés contre les blocages d’universités.

Le risque d’affrontements entre grévistes et non-grévistes est élevé. Au point qu’Olivier Audéoud, président de Paris-X-Nanterre, a demandé samedi au Premier Ministre de « suspendre » le CPE, à l’instar des présidents des universités de Toulouse-II et de Nantes, justifiant sa démarche par la tension « extrêmement vive » régnant dans son université et le « degré de dangerosité important ». Aujourd’hui, les étudiants de Nanterre et de Rennes-II pourront voter individuellement, à bulletins secrets, sur l’avenir du blocage de leur fac.

 

 

 

« Il ne faut pas donner un sentiment de brutalité »

Eric Woerth, trésorier de l’UMP.

 

Comment avez-vous jugé la prestation du Premier ministre ?

Il s’est livré à une bonne explication de texte et a essayé de faire preuve de pédagogie. Je l’ai trouvé combatif et plutôt tendu.

C’est une explication de texte qui manquait aux manifestants ?

Cela fait des semaines qu’on explique ce qu’est le CPE. L’intervention du Premier Ministre a l’avantage de survenir à un moment où les oreilles sont à l’écoute.

Les nouvelles garanties apportées vous semblent-elles suffisantes ?

Il faut assouplir le Code du travail pour déclencher l’embauche. Mais il ne faut pas donner un sentiment de brutalité et compte-tenu de ce que les jeunes disent, il fallait assouplir cette mesure. Mais attention à ne pas complexifier l’emploi du CPE.

La colère gagne encore du terrain.

Il y a un peu de politisation : la gauche se refait une santé sur le dos du CPE. En même temps, on ne peut pas ne pas être à l’écoute. Il faut dédramatiser, il s’agit surtout d’un problème de méthode pour le gouvernement.

On lui reproche un manque de dialogue

Dominique de Villepin est pressé, il a voulu aller vite. Mais le temps qu’on gagne à aller vite au début, on le perd à la fin. La difficulté est de respecter le dialogue social sans s’y engluer.

Le Premier ministre a le soutien de l’UMP ?

Oui, nous le soutenons. On ne peut plus appliquer les anciennes recettes à la situation d’aujourd’hui. Il y a encore beaucoup de choses à faire.

 

Recueilli par David Carzon

 

 

 

 

Annexe 3 :

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la promulgation de la loi sur l’égalité des chances :

 

 

Mes chers compatriotes,

 

Depuis plusieurs semaines, des interrogations, des appréhensions, des critiques se sont élevées autour du contrat première embauche. De nombreux jeunes ont exprimé leur inquiétude, leur besoin de repères et de sécurité, mais aussi leur volonté de trouver toute leur place dans notre société. Des sentiments que beaucoup d'entre vous partagent.

 

Au-delà du Contrat Première Embauche, la période que nous traversons renvoie à des interrogations profondes. L'avenir que nous offrons aux jeunes. Notre capacité à faire vivre notre modèle social dans le monde d'aujourd'hui. La question de la réforme, et de notre aptitude à la mener tous ensemble.

 

Je veux dire aux Français, je veux dire aux jeunes que je mesure l'impatience de toutes celles et tous ceux qui veulent travailler et réussir et qui n'arrivent pas à prendre pied dans l'entreprise alors qu'ils ont tant d'énergie, de projets et de talents à exprimer. Je comprends bien sûr aussi le refus de la précarité qui s'est fortement exprimé.

 

J'ai voulu que le Gouvernement se mobilise pour l'égalité des chances en pensant d'abord à tous les jeunes qui sont, en raison d'une formation insuffisante, en réalité privés de la possibilité d'accéder à un premier emploi et qui désespèrent de pouvoir tracer leur chemin.

 

C'est l'objet de la loi sur l'égalité des chances dont le contrat premier embauche est un des éléments. Avec ce contrat, le Premier ministre, Dominique de VILLEPIN a voulu offrir à tous ces jeunes des opportunités nouvelles pour l'emploi : accéder à l'entreprise ; pouvoir y faire ses preuves ; acquérir une véritable expérience professionnelle, avec un vrai contrat de travail. Pour cela, le Gouvernement s'est attaché à concilier plus de souplesse pour les entreprises mais aussi des garanties nouvelles pour les salariés.

 

Depuis plusieurs semaines, le dialogue n'a pu aboutir et la situation est restée bloquée autour de la question du retrait ou du maintien de ce texte. Les manifestations ont servi de prétexte à des actes de violence et à des dégradations inacceptables. Les tensions se sont exacerbées dans les universités entre les étudiants qui veulent faire grève et ceux qui veulent travailler. Un nombre important de lycées sont fermés ou bloqués. Il est temps de dénouer la situation en étant juste et raisonnable, avec comme exigence l'intérêt national. C'est la mission que me donne la Constitution.

 

Le Parlement, les élus de la Nation, ont voté la loi sur l'égalité des chances et le Conseil constitutionnel vient de juger cette loi en tout point conforme aux principes et aux valeurs de la République. En démocratie, cela a un sens et doit être respecté. C'est pourquoi j'ai décidé de promulguer cette loi mais aussi parce que je pense que le Contrat Première Embauche peut être un instrument efficace pour l'emploi.

 

Mais j'ai entendu également les inquiétudes qui s'expriment, chez de nombreux jeunes et chez leurs parents. Et je veux y répondre. C'est pourquoi je demande au Gouvernement de préparer immédiatement deux modifications de la loi sur les points qui ont fait débat. La période de deux ans sera réduite à un an. En cas de rupture du contrat, le droit du jeune salarié à en connaître les raisons sera inscrit dans la nouvelle loi.

 

Enfin, je demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications.

 

Je veux m'adresser aux partenaires sociaux. Je sais leur sens des responsabilités. Je sais leur engagement pour l'emploi. Je sais leur attachement aux valeurs de la République. Je sais leur volonté de donner toute sa place à un dialogue social constructif dans notre pays. Je les invite, ainsi que les représentants des organisations étudiantes et lycéennes, à prendre toute leur part dans l'élaboration de ces nouvelles dispositions.

 

Je veux leur dire que le moment est venu d'aller de l'avant. Ensemble nous devons travailler pour mettre fin à cette situation choquante où des entreprises, parce qu'elles craignent les rigidités excessives, préfèrent refuser une commande ou délocaliser plutôt que de recruter, alors que tant de personnes sont enfermées dans le chômage et la précarité. Mais nous devons répondre aussi à l'aspiration des salariés à plus de sécurité dans un monde du travail en perpétuelle évolution. C'est tout l'enjeu du grand chantier de la sécurisation des parcours professionnels et de la lutte contre la précarité que je demande au Gouvernement de conduire avec les partenaires sociaux.

 

Beaucoup d'étudiants ont également exprimé de vraies inquiétudes sur la valeur de leur diplôme, sur leur accès à l'emploi, sur leur avenir. L'université doit rester un lieu d'excellence et la voie d'une vraie réussite sociale. Je demande au Premier ministre et au Gouvernement d'ouvrir un grand débat national sur les liens entre université et emploi, afin de faciliter l'insertion professionnelle des jeunes.

Mes chers compatriotes, C'est d'abord aux jeunes que je pense ce soir. Ils sont la force, le dynamisme, l'enthousiasme, l'avenir de la Nation.
C'est pour eux que nous avons le devoir d'agir résolument contre le fléau du chômage dont ils sont les premières victimes.

 

Car, l'enjeu, c'est évidemment l'emploi. Et la pire des solutions serait de ne rien faire.

 

Depuis onze mois, le chômage baisse. C'est maintenant que nous devons porter un effort décisif pour gagner ensemble cette bataille majeure pour l'avenir de notre pays et de nos enfants. En République, quand il s'agit de l'intérêt national, il ne saurait y avoir ni vainqueur, ni vaincu. Nous devons maintenant nous rassembler. Et, chacun à sa place doit agir en responsabilité.

 

Vive la République,
Vive la France.

 

 Palais de l’Elysée, Paris, le 30 mars 2006

 
 

Annexe 4 :

 

Allocution du Premier ministre :

Depuis plusieurs semaines, notre pays connaît l’agitation. Les désordres dans les universités et les lycées menacent d’affecter la bonne organisation des examens de fin d’année. Les manifestations de voie publique mettent en danger la sécurité des jeunes. Tout cela commande désormais de trouver une issue rapide à la crise.

 

Les discussions conduites depuis une semaine par les Présidents de groupes parlementaires, Bernard ACCOYER et Josselin de ROHAN, avec l’ensemble des partenaires sociaux, organisations étudiantes et lycéennes, m’amènent aujourd’hui à un constat.

 

Les conditions nécessaires de confiance et de sérénité ne sont réunies ni du côté des jeunes, ni du côté des entreprises pour permettre l’application du contrat première embauche.

 

Sur le rapport des Présidents des groupes parlementaires et des responsables de la majorité, j’ai proposé au Président de la République, qui l’a accepté, le remplacement de l’article 8 de la loi pour l’égalité des chances par des mesures en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes les plus en difficulté. La nouvelle proposition de loi sera présentée dès ce matin.

 

Depuis plusieurs mois, toute mon action et celle du Gouvernement ont été guidées par un impératif : apporter une réponse efficace aux milliers de jeunes de notre pays, à qui on ne propose aucun emploi.

 

J’ai voulu agir vite, parce que la situation dramatique et le désespoir de beaucoup de jeunes l’exigent.

J’ai voulu proposer une solution forte, parce que j’ai la conviction qu’au-delà de l’engagement nécessaire de l’Etat, seul un meilleur équilibre entre plus de souplesse pour l’entreprise et plus de sécurité pour les salariés nous permettra de rompre avec le chômage dans notre pays.

 

Cela n’a pas été compris par tous, je le regrette.

Le débat est désormais ouvert, nous ne devons pas le refermer. Je propose donc d’engager une discussion sans à priori avec les partenaires sociaux sur la sécurisation des parcours professionnels, sur la précarité et l’insertion des jeunes dans l’emploi.

 

La crise révèle une anxiété sociale autant qu’un désir de modernisation. L’enjeu, c’est de donner à chacun sa place, de créer des emplois, de créer de la croissance. L’enjeu, c’est de préserver notre modèle social en l’adaptant, qu’il s’agisse de l’école, de l’université, de la place faite aux jeunes dans notre société. Autant d’objectifs qui seront au cœur de l’action gouvernementale au cours des prochains mois.

 

Notre responsabilité, c’est de préparer l’avenir de notre pays et je souhaite que nous nous retrouvions tous ensemble pour avancer.

 

 

Je vous remercie.

 

Matignon, le  10 avril 2006.

 

 
 
 

Annexe 5 :                    Le Figaro, lundi 13 mars 2006, éditorial de Nicolas Barré

 

La rue contre les réformes

 

Cette semaine, les conservateurs seront dans la rue, contre le CPE. Car il ne faut pas se fier au apparences. Ce sont les porteurs de banderoles qui ne veulent rien changer, défendent le statu quo et s’aggrippent à un modèle social remarquable par l’exclusion qu’il engendre aux deux bouts de la vie active - jeunes et seniors. Au point que l’on se demande : pour qui roulent-ils au juste, ces militants de l’immobilisme, sinon pour le maintien de la fracture qui caractérise notre marché du travail entre salariés surprotégés et main-d’œuvre surprécarisée ?

Le débat ouvert par la création du contrat nouvelles embauches l’été dernier puis par celle du contrat première embauche ces jours-ci mérite beaucoup mieux que les manifestations de rejet idéologiques auxquelles nous assistons. Bon nombre de leaders de gauche, sans le dire publiquement, reconnaissent d’ailleurs que ces réformes vont dans le bon sens. Normal : c’est aussi l’avis de la plupart des écnonomistes…

C’est dire le déficit de pédagogie dont notre pays souffre collectivement. En Allemagne ou en Espagne, la classe politique a su expliquer pourquoi il était nécessaire de faire évoluer le vieux pacte social issu des années de forte croissance d’après-guerre.

Droite et gauche ont fait du chemin, souvent à contre-courant de la tendance naturelle de leur électorat respectif. Il ne faut pas croire qu’il soit facile pour un homme politique allemand, a fortiori s’il est social-démocrate, d’accepter l’allongement de la durée hebdomadaire du travail ou le recul de l’âge de la retraite. De même que n’a pas été simple à accepter la réforme du contrat à durée indéterminée en Espagne, véritable big bang du droit du travail qui a contribué à diviser par plus de deux le taux de chômage tout en réduisant très fortement le nombre d’employés en situation précaire.

Par contraste, la crispation autour du CPE témoigne d’un stupéfiant retard des mentalités en France, alors que de nombreux rapports d’experts pointent depuis des années les dysfonctionnements du marché du travail et convergent sur les remèdes. L’un des derniers en date montre que le CNE et le CPE pourraient créer 70 000 emplois, ce qui n’est pas négligeable, mais relève surtout qu’une réforme encore plus fondamentale du droit de licenciement permettrait de réduire fortement le chômage et de créer 25 000 emplois en trois ans.

A son tour et après bien des pays, la France doit réformer ses conditions d’embauche et de licenciement. C’est tout l’enjeu de la bataille du CPE. Il est temps de casser ce que l’OCDE appelle le « dualisme » du marché du travail. Le statu quo, on le sait bien, ne profite qu’à une génération égoïste bien installée dans la vie active. Il exclut les jeunes et les plus de 50 ans qui ont le malheur de perdre leur emploi.

On peut regretter un déficit de pédagogie sur le CPE ; cela se corrige. Renoncer aux réformes, en revanche, serait fatal à notre modèle social. Ce serait une incorrigible erreur.

 

 

 

Annexe 6 :

Appel de la Coordination Nationale Unitaire

Toulouse, le 7 mai 2006

 

 

La lutte menée depuis janvier 2006 a permis de rassembler travailleurs, retraités, chômeurs, précaires, étudiants et lycéens dans un mouvement unitaire qui a fait reculer le Gouvernement une première fois sur l’article 8 de la loi sur l’Egalité des Chances (CPE).

Pourtant les souhaits exprimés par ce mouvement vont, depuis le début, bien au-delà de cette loi. Ils s’inscrivent dans une démarche contre la précarité et montrent de profondes aspirations à révolutionner les systèmes qui nous régissent. Les évènements des trois derniers mois ont permis d’établir une base de travail avec les syndicats et les salariés au niveau local et départemental, malgré une entente qui n’a pas toujours été des plus simples ou des plus efficaces selon les régions.

 

Cependant, la coordination nationale condamne le contenu et les conclusions des pourparlers engagés entre les dirigeants syndicaux et l’Etat UMP, laissant intactes la LEC et le CNE. De plus, seul le mouvement de lutte est légitime pour statuer sur la victoire ou la défaite. Nous exigeons des directions syndicales qu’elles rompent dès maintenant toute négociation avec le MEDEF et le gouvernement.

 

Fondée sur les larges aspirations émanant des Assemblées Générales locales, la Plate-forme de revendications rassemble, sous une forme structurée, les exigences d’un nombre déjà très important de personnes. Elles concernent à la fois :

·          l’Economie (retrait du CNE et de tous les contrats précaires, suppression de la réforme UNEDIC et de la loi Fillon 2003 sur les retraites, …)

·          la Justice (arrêt du traitement répressif des mouvements sociaux, abrogation de la loi Perben II, retrait de la proposition de loi Raoult, …)

·          la Culture (contre la réforme sur les intermittents, gratuité de l’accès aux espaces culturels)

·          l’Environnement (arrêt du nucléaire en France, interdiction de la culture d’OGM en plein champ)

·          l’Education (abrogation du LMD, retrait de la loi Fillon, suppression du pacte pour la recherche, rétablissement du statut des MI/SE, non expulsion des sans-papiers lycéens, …)

·          le Social (Retrait du projet de loi Sarkozy sur l’immigration choisie, abrogation de la loi CESEDA et régularisation de tous les sans-papiers, Pour un retour aux politiques sociales de prévention et des moyens pour les travailleurs sociaux, pour un logement pour tous et le refus de toute expulsion, …)

·          la Politique (démission du Gouvernement, réengagement financier de l'Etat dans le Service Public, dédommagement des élus et des ministres sur la base d’un SMIC amélioré et remboursement des frais sur facture, …)

 

 

Notre mouvement subit une répression policière et judiciaire sans précédent, qui à long terme, cherche à empêcher toute révolte de s’exprimer : 5000 arrestations, une centaine de peines de prisons... Face à cette situation, nous exigeons l’amnistie pour l’ensemble des personnes poursuivies dans le cadre de ce mouvement, ainsi que celles poursuivies suite au mouvement lycéen de 2005 et lors de la révolte des quartiers populaires de novembre et décembre derniers.

La Coordination Nationale appelle à signer la pétition exigeant l’amnistie pour l’ensemble des personnes poursuivies dans le cadre de mouvements sociaux.

 

De plus cette répression s’exerce aussi sur un plan administratif dans les universités et les lycées :

·          liste noire des étudiants grévistes.

·          filtrage à l’entrée d’un grand nombre d’universités reniant le libre accès aux bâtiments publics.

·          exclusion, temporaire ou définitive, de nombreux lycéens de leurs établissements.

·          modifications et re-modifications des modalités d’examens, très rarement relayées de manière correcte à tous les étudiants.

 

 

Nous dénonçons ces pratiques compromettant parfois la bonne tenue des examens et visant surtout à exclure du système éducatif et boursier les étudiants qui se mobilisent. Nous soutenons toute action (pétition nationale, recours administratif, occupation des bâtiments administratifs universitaires, boycott et/ou sabotage des examens) contre ces dispositifs inacceptables et illégaux.

Maintenons cette vigilance vis-à-vis du système éducatif, à l’heure où la Commission Université Entreprise vient de s’ouvrir. Nous rappelons que la Coordination exige la prise en charge par l’Etat des frais occasionnés lors de ce mouvement, ceux-ci étant dus à l’obstination du Gouvernement à ignorer les millions de manifestants descendus dans la rue.

 

Nous appelons au maintien de tous les comités mis en place lors de ce mouvement, et à participer à toute forme de mobilisation s’inscrivant dans le cadre de notre plate-forme de revendications (Loi sur l’immigration choisie, mouvement des intermittents, …).

 

Notre lutte a révélé une crise sociale et politique. Il ne s’agit pas d’un accès de fièvre ordinaire, mais d’une manifestation de la crise de tout le système social. La logique capitaliste est mise au ban des accusés. Le capitalisme ne peut donner aucune réforme sociale positive. Bien plus, il est même contraint de démanteler les anciennes conquêtes sociales. Tous les lamentables chefs de la droite et de la gauche gouvernementale mènent avec des nuances de méthode la même politique au service d’un système économique prédateur.

 

Les médias officiels collaborent au maintien de ce système en pratiquant la désinformation.  Ils s’obstinent à passer sous silence nos revendications dans leur ensemble. Pour exemple, en 2004, ils avaient déjà refusé de transmettre l’appel à la commémoration du 60e anniversaire du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 qui est seulement transmis par les médias alternatifs.

 

Pour pallier cette carence d’information, nous proposons la création de journaux locaux, émanations des Comités de mobilisation.L’initiative menée depuis bientôt quatre mois a allumé des foyers de résistance un peu partout en Europe (Angleterre, Espagne, Allemagne, France, Italie, Belgique et Portugal). L’heure est maintenant venue d’inscrire ce mouvement dans une perspective internationale. Nous appelons tous les citoyens européens (et du monde !!) à se réunir dans une convergence des Luttes en répondant présents et nombreux à une mobilisation universitaire européenne et à la grève le 11 mai prochain lancées par nos camarades espagnols.

 

Une journée nationale d’actions est organisée le 17 mai afin d’alerter la population sur les points relatifs à l’éducation (proposition de loi sur la protection de l’enfance), la prévention de la délinquance et l’immigration.

 

La prochaine coordination Nationale Unitaire se déroulera à Montpellier les 20 et 21 mai  2006.

 

Toutes les assemblées étudiantes, lycéennes, ouvrières et populaires sont invitées à y envoyer des délégations.

 

La lutte continue, RESISTANCE !!!

 

 

 

Annexe 7 :

 

Pétition pour l’amnistie des prisonniers politiques et des condamnés  des mouvements sociaux :

               

Depuis 5 ans, la répression policière grandit face aux divers mouvements sociaux qui soulèvent la France. Face à cela, nous demandons l’amnistie des lycéens interpellés lors du  mouvement contre la loi Fillon. Nous demandons également l’amnistie des « émeutiers » de novembre 2005. En effet, malgré les « explications fantasmatiques  avancées par tel ou tel «  expert » improvisé par la majorité (polygamie, Islam, mafia) et qui ont toutes volées en éclat ». Les sociologues et même les rapports des Renseignements Généraux développent un discours unanime :

« Les jeunes des cités étaient habités d’un fort sentiment identitaire, ne reposant pas seulement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d’exclus de la société française (…) Les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leur nom. » (Le Parisien, 7/12/05)

Nous demandons donc que les émeutes de novembre soient considérées et décrites comme mouvement social.

Nous demandons l’amnistie des étudiants, précaires, lycéens, chômeurs, salariés et de tous les interpellés ayant participé et participant toujours au mouvement contre la précarité.

Face à la pression policière et judiciaire que le gouvernement exerce sur les mouvements sociaux et politiques et face à leur criminalisation, nous demandons l’amnistie et la libération de tous les prisonniers politiques.

 

 

Coordination Nationale Unitaire, Toulouse, 6 et 7 mai 2006

 

 
 

Annexe 8 :

 


  


 
 

 
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